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La guerre en Iran menace de provoquer une nouvelle hausse des prix alimentaires dans les pays en développement
information fournie par Reuters 20/03/2026 à 15:10

par Libby George et Karin Strohecker

Les perturbations dans les livraisons d'engrais et la flambée des prix de l'énergie, provoquées par le conflit au Moyen-Orient, menacent de déclencher une nouvelle hausse des prix alimentaires dans les pays en voie de développement, ont relevé des analystes.

Alors que ces nations se remettent à peine des chocs provoqués par la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine, la guerre en Iran menace désormais de réduire à néant les progrès. Une nouvelle hausse des prix alimentaires nuirait fortement aux ménages et pourrait durer des années.

"Cela pourrait avoir un impact important sur les prix, notamment ceux des denrées alimentaires, à long terme", a déclaré Odile Renaud-Basso, présidente de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

Les denrées alimentaires et le carburant représentent moins d’un quart du panier de l’inflation à la consommation dans la plupart des économies développées, mais constituent 30% à 50% de celui-ci dans de nombreux marchés émergents, a souligné Marie Diron, directrice générale chez Moody’s Ratings.

"Cette exposition rend de nombreuses économies particulièrement vulnérables à la volatilité des prix induite par des facteurs externes".

LA PÉNURIE D'ENGRAIS FAIT GRIMPER LES PRIX

Les engrais constituent un point de tension majeur. Environ 30% des engrais commercialisés transite en temps normal par le détroit d’Ormuz, fermé de fait par Téhéran.

Les producteurs du Golfe sont également d’importants fournisseurs d’ammoniac et d’urée, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Bank of America estime que le conflit menace 65% à 70% des approvisionnements mondiaux en urée, alors les prix ont déjà augmenté de 30% à 40% depuis le début des opérations américaines et israéliennes en Iran.

"Cela aura des répercussions sur les semis... l'offre mondiale de matières premières diminuera – celle des céréales de base, des aliments pour animaux, et par conséquent celle des produits laitiers et de la viande", a déclaré Maximo Torero, économiste en chef à la FAO, à propos des conséquences si le conflit devait durer ne serait-ce que quelques semaines de plus.

"Très peu de pays sont à l’abri de cela."

Contrairement au carburant, il n'existe pas de stocks stratégiques mondiaux pour les engrais.

Le ministre brésilien de l'Agriculture, Carlos Favaro, a averti que le pays pourrait être confronté à des problèmes d'approvisionnement en engrais, même si son pays est loin du conflit et quelque peu mieux protégé.

Au Nigeria, pays africain producteur de pétrole, l'usine d'engrais Dangote contribuera à amortir l'impact.

En revanche, des pays comme la Somalie, le Bangladesh, le Kenya et le Pakistan ne disposent généralement pas de stocks importants d’engrais et dépendent davantage des chaînes d’approvisionnement du Golfe. Le coût des engrais au Kenya avait déjà augmenté d’environ 40% depuis le début de la guerre, selon la FAO.

Le Rwanda, qui s'approvisionne en grande partie en engrais dans le Golfe, envisage quant à lui des mesures pour protéger son secteur agricole, a déclaré le ministre des Finances, Yusuf Murangwa, lors d'une conférence de presse lundi.

"Nous essayons de trouver de nombreuses solutions pour contenir cette pression."

DES ENGRAIS À L'ALIMENTATION

Contrairement à 2022, lorsque la guerre menée par la Russie en Ukraine a brusquement affecté les exportations de céréales des principaux producteurs alimentaires, la hausse des prix des engrais pourrait réduire les rendements agricoles.

La hausse des prix de l’énergie pourrait aussi se répercuter sur les coûts de production et de transport, alors que les prix mondiaux de référence du pétrole et du gaz ont augmenté de plus de 50% depuis le début du conflit, augmentant les coûts de production sur les chaînes d'approvisionnement.

Selon les données de l’Association internationale des engrais, toute perturbation de l’approvisionnement en engrais devrait d’abord se faire sentir sur les cultures à forte consommation d’azote, comme le maïs et le blé.

La hausse des coûts de l’alimentation animale finira par se répercuter sur tous les produits, du pain à la volaille en passant par les œufs, selon l'organisation.

"C'est toujours le problème avec ce genre de chocs d'approvisionnement : on subit d'abord l'impact énergétique, puis, à mesure que celui-ci s'atténue, la deuxième vague touche le secteur alimentaire", a déclaré David Rees, responsable de l'économie mondiale chez Schroders.

PLANIFICATION POLITIQUE, RÉSERVES PLUS FAIBLES

Avant que la guerre n'éclate en février, l'inflation mondiale s'était modérée, et certains prix alimentaires étaient même en baisse. En janvier, l'inflation alimentaire mondiale était tombée à son plus bas niveau depuis au moins 2017, a indiqué David Rees.

Par le passé, la flambée de prix alimentaires a déclenché des troubles sociaux dans certains pays émergents, mettant les décideurs politiques en alerte. En 2022, des manifestants étaient descendus dans les rues du Chili ou de la Tunisie pour protester contre la hausse des prix. Des répercussions de la guerre en Iran sur les prix alimentaires pourraient ainsi mettre le feu aux poudres.

Une hausse des prix des carburants pourrait également détourner les récoltes vers la production de biocarburants plutôt que vers l'alimentation.

Un ralentissement économique dans le Golfe – qui accueille des millions de travailleurs migrants – pourrait aussi réduire les envois de fonds vers des pays comme le Pakistan, le Liban et la Jordanie.

Les marchés reviennent déjà sur leurs anticipations d'un assouplissement monétaire rapide dans les marchés émergents, alors que les risques d'inflation liée à l'énergie s'accumulent, un revirement qui pourrait peser sur la croissance.

La BERD envisage des mesures de soutien, notamment une aide pour l'achat d'engrais. Maximo Torero, de la FAO, a exhorté les autres banques de développement et les gouvernements à se tenir prêts à mettre en œuvre des mesures d'urgence si la guerre ne prend pas fin rapidement.

"Si cela dure plus d'un mois (...) nous aurons des problèmes de semis et des problèmes de rendements", a-t-il averti.

(Avec la contribution de Colleen Goko à Johannesburg et de Philbert Girinema à Kigali; version française Etienne Breban, édité par Augustin Turpin)

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